[LITTERATURE] - Chronique d'un neo-rédacteur

Chronique d'un neo-rédacteur


Il est 5 heures du matin. Le réveil sonne. Je l'éteins rapidement pour ne pas que la sublime créature somnolant à mes côtés ne s'éveille. Je me lave vite, déjeune vite, m'habille vite : pour ma première journée de boulot dans la gazette, le rédac'chef (un certain Borplems69 si je ne m'abuse) m'a demandé de me présenter aux locaux à 6 heures 30. La haine. Un coup d'oeil rapide aux infos de la nuit (il le faut ! ) et je saute dans mon bolide direction la rédaction. La route est dégagée, j'arrive devant les bureaux à 6 heures 25. Une place est libre devant, je m'y gare.
Lorsque j'entre dans les locaux, la première chose qui me frappe est la décoration. Sombre. Austère. Voire même morbide, on se croirait dans un funérarium, et la gueule des employés ajoute à l'atmosphère triste des lieux. Tous la même mine déconfite, la même démarche trainante, le même air fatigué. En voilà d'ailleurs un qui s'approche. Grand, maigre, le cheveu long, le chapeau vissé sur la tête et l'eventail à la main, il ne s'est sans doute pas rasé depuis plusieurs jours. Cependant, dans ses yeux cernés on peut distinguer une faible lueur qu'on pourrait apparenter à une perversité sans limites. Il me tend mollement sa main droite, que je serre vigoureusement, puis commence à m'adresser la parole.
"Salut le nouveau, j'm'appelle Uragnagna Kisuke (appelle-moi Kisuke), et j'suis en quelque sorte ton "supérieur" dans la rubrique Divers. Sur ces bonnes paroles, je vais te faire visiter."
Ce qui me frappe le plus chez lui, c'est le ton sur lequel il débite ses paroles. Monotone, monocorde, comme un mauvais acteur de théâtre miteux qui a répété la même tirade mille fois durant sa carrière.
Lors de la visite, nous passons par nos bureaux ("Retiens bien leur emplacement"); l'imprimerie; la "salle spéciale" de Dame Angé ("Attention aux mauvaises ondes ;D" ) d'où proviennent des bruits de fouet ("Pour les boulets uniquement ;o"); les toilettes ("Très importants"); puis il m'amène à l'entrée d'un couloir sombre, étroit mais surtout immensément long. La seule chose que je distingue au bout de ce couloir est une lumière blanche, pure, puissante, que je devine passant sous une porte en chêne massif. Kisuke m'explique :
"Au bout de ce couloir se trouve le bureau du rédacteur en chef, Problems99IV. La lumière blanche provient de son aura de bonté. mais ne t'avise pas de t'aventurer dans ce couloir : son bureau est radioactif, tu risquerais d'être irradié, et un troisième bras pousserait au milieu de ton ventre. Et encore, je ne te parle pas de ton entrejambe..."
Il ajoute, susurrant entre ses dents, tel un mince filet de voix à peine audible :
"Si tu étais une femme, je ne t'aurais pas sorti le même discours"
Ah, je savais bien que c'était de la perversité dans son regard. Je me met à rire. Lui aussi. C'est que je commence à l'apprécier, l'homme aux getas et au bob. Reprenant son sérieux, il ajoute :
"Allez, cessons ces blagues. je n'ai pas pu te faire visiter l'intégralité des bâtiments, mais il est déjà 7 heures, et on a du boulot. Pour cet après-midi, je veux que tu me rédiges un article."
Cool. Un article sur quoi, monsieur le chef ?
"Comme tu veux. Laisse travailler ton imagination, litteulle fennec."
Et il me laisse en plan, comme ça, le bougre ! Le temps de retrouver mon chemin dans le dédale des couloirs, et il est déjà 7 heures 40 quand je m'assied à mon bureau. Pas le temps de tergiverser, je prend le premier sujet qui me vient à l'esprit. Ah, voilà. La fabrication des fricadelles en Belgique (voilà qui met en appétit ;D ). A 10 heures 30, Kisuke vient prendre de mes nouvelles :
"Je vois que tu avances bien, ne te relâche pas, il faut que tu aies terminé le plus rapidement possible. En effet, la gazette doit sortir hier, on a accumulé un léger retard, rien de bien grave."
Je continue mon article sur les fricadelles (on ne sait pas ce qu'il y'a dedans, mais c'est bon ;D ), et l'horloge sonne midi. Kisuke vient me chercher
"Allez, c'est la pause déjeuner, viens manger à la cafet' avec moi"
Le temps de nous faire servir de cette appétissante saucisse-purée, de trouver une table libre et nous commençons à manger tranquillement. Rapidement, Kisuke m'ordonne de baisser les yeux. Je m'exécute sans brancher, mais je me demande pourquoi. "Regarde à ta droite". Effectivement, une femme passe à côté de moi. Elle est jolie, mais semble sévère, très sévère. Elle est suivie par un homme à l'air determiné. Je ne sais pas pourquoi mais il me fait penser à un kiwi. Kisuke m'explique :
"Cette femme, c'est Dame Angé, notre maître à tous, notre déesse, sans elle nous n'existerions pas, c'est pour cela que nous la vénérons. Elle possède le BanGun ultime donc tâche de ne pas l'énerver. L'homme qu'elle tient en laisse, c'est Red, son mari, homme de main, et d'autres choses aussi."
J'acquiesce et continue à manger les yeux baisser. Lorsque je tente un regard dans sa direction, nos yeux se croisent. Enfer et damnation ! Son regard, profond, est froid. Heureusement, elle detourne vite le regard (mon côté noobs est bien enfoui au fond de moi-même). Terrifiés, Kisuke et moi engloutissons notre repas et nous hâtons de rejoindre nos bureaux. Sur le chemin, nous passons devant une salle où quelques personnes jouent au flipper et au baby-foot. Je demande à Kisuke ce dont il s'agit. Il me répond :
"Ah, ça. C'est le "bureau" des rédacteurs potins. Des fainéants. Ils passent leur temps à s'amuser, et pourtant leurs articles sont adulés du public."
D'accord, en gros nous on sert à remplir les pages restantes ? A 12 heures 28, je suis déjà revenu à mon bureau et je me plonge à nouveau dans la rédaction de mon article sur la fricadelle (A consommer avec modération ;D ). Lorsque je relève enfin la tête, l'horloge indique déjà 16 heures 45. Mon article est terminé. Les bureaux sont vides. Seuls résonnent dans le silence les claquements du fouet de Dame Angé. Je me demande si elle vit là. Enfin, ça ne résoudra pas mon problème. A qui vais-je rendre mon article maintenant ? Ah, il y'a une boîte "Articles Terminés" sur le bureau de Kisuke; je l'y dépose et sort des bureaux, et je peux prendre ma voiture pour rentrer chez moi.
Ma voiture ? Elle a disparu ! Où est-elle ? Je regarde à mes pieds : le trottoir est bordé de jaune. Mais quel con ! Elle a surement été embarquée par la fourrière. Je me lamente sur mon sort, lorsqu'une voix puissante m'interpelle :
"Eh bien, voulez-vous que je vous dépose ?"
Je me retourne. Un corps grand. Musclé. Un visage...il faut le voir pour le croire. La bonté sort par tous les pores de sa peau. Il ne peut s'agir que de...
"Problems99IV, c'est bien moi. Tu peux m'appeler Blems, Drak -tu permets que je t'appelles Drak et que je te tutoies ? -. Allez, monte dans ma décapotable, je m'arrangerai pour que ta voiture soit devant chez toi demain matin."
Le temps de mettre le contact, et nous voilà partis, du Rock plein les oreilles.
"Tu as surement remarqué l'état déplorable des locaux et des employés de la gazette. J'ai repris sa direction il y'a quelques mois seulementt, et je n'ai pas encore eu le temps de tout arranger. Au passage, j'ai lu ton article sur la fabrication des fricadelles en Belgique, il m'a l'air fort interessant..."



Article rédigé par Draklos

 

Article réalisé par problems99IV
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