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[pkmn] Gigantomachia

 
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Kani

Nouvel Eternien
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MessagePosté le: Mer Oct 01, 2008 9:34 pm    Sujet du message: [pkmn] Gigantomachia
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Voilà voilà, je poste ma première fanfic sur ce forum, en espérant des commentaires constructifs (un grand merci à ceux qui m'en laisseront, et à tous ceux qui me liront !)

Comme sur Pokébip, je commence par une brève explication sur ma façon d'écrire, parce que nous n'avons pas tous les mêmes codes dans le domaine de la fanfiction.


Mes codes d'écriture :


>> Je prends le parti d'écrire « pokémon » sans majuscule, comme on emploie le mot « animal », car suivant la logique, ces créatures remplacent dans ce monde notre faune.

>> J'écris donc les noms des pokémons sans majuscules quand il s'agit de les désigner comme « êtres vivants » (comme on emploie le mot « chat ») et avec une majuscule quand il s'agit d'une espèce (comme on parle d'un peuple).

>> Ainsi, j'accorde les noms des pokémons lorsqu'ils n'ont pas de majuscule, et s'ils sont accordables.

>> Cherchant à utiliser des codes les plus clairs possibles, mes phases de dialogues se trouvent après tirets. Les phrases entre guillemets sont pensées, et les mots, phrases ou expressions en italique ont une signification particulière.


Mon rythme de parution :


Comme je viens d'entrer dans une école donnant un grand nombre d'heures de cours et de travail personnel, mon rythme d'écriture sera certainement irrégulier. Je vais donc tacher au maximum de mettre quelques chapitres de côté pour ne poster dans un premier temps qu'un chapitre par semaine. J'essayerai aussi de maintenir la longueur de mes chapitres à quatre à cinq pages word pour éviter plus d'irrégularité.


Pour finir, quelques détails sur les termes employés dans ma fic :


- "Gigantomachia", en grec, signifie "la guerre des géants". En suivant ce principe je comptais appeler cette histoire "Titanomachia", mais l'idée de titan renvoyait presque obligatoirement vers le trio Artikodin, Electhor et Sulfura, donc j'ai opté pour ce second titre, vous comprendrez plus tard pourquoi.

Pour le reste, cela concernera mes personnages (et dans ce cas je mettrais un petit explicatif à la fin des chapitres concernés) ou alors mes Pokémon inventés.
Pour ces derniers, je vous invite à visiter ma galerie dans laquelle vous trouverez leurs fiches : juste ici.

Sur ce, bonne lecture !


GIGANTOMACHIA

Tome 1 : Sinnoh



Prologue : Le choc d'une rencontre




Eve filait dans les rues de Frimapic. Ses après-ski neufs, en fourrure de marcacrin, s'enfonçaient profondément dans la neige amassée sur les trottoirs. Une vapeur blanche se formait à chacune de ses expirations et ses joues étaient rosies par le froid. Il était encore tôt, et la route principale qui cheminait à travers le village était vide. Sur les volets fermés se déposaient les rayons aveuglants d'un soleil d'hiver.
La jeune fille accéléra sa course en apercevant l'angle des bâtiments qui menait au petit cabanon vers lequel elle se dirigeait. Seul le bruit assourdi de la neige piétinée résonnait à ses oreilles. Aussi n'entendit-elle pas, dans son empressement, le son d'une autre course qui se précipitait sur elle. La buée de sa propre respiration, et le lin de son bonnet largement enfoncé sur son front l'empêchèrent de prévoir le choc, et elle reçut le corps du garçon de plein fouet.
Les deux enfants roulèrent sur la route, dans une volée d'éclats blancs, de gants colorés, de cris de colère et de rires. Eve termina sa chute sur le dos, le visage couvert de neige qu'elle tenta de dégager à l'aide de sa main libre. Elle avait perdu une moufle, et le contact du froid sur ses doigts la fit grimacer. Et lorsqu'elle releva sa paume devant ses yeux, ce fut pour découvrir quelques gouttes de sang gelé.
Son gémissement fut étouffé par les rires de Ridley, encore assis sur elle, et occupé à chasser la neige de ses cheveux dorés et densément bouclés. Eve lui jeta un regard noir, ce qui n'impressionna pas le jeune garçon qui se contenta de sourire en se balançant sur le ventre de sa proie.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il en désignant les nouveaux après-ski de la fillette.
- C'est mon père qui me les a offert ! grogna-t-elle d'un air menaçant. Je les ai reçu ce matin !
- Mon oncle ne m'a rien dit, s'étonna le garçon.
- Parce qu'ils n'étaient pas pour toi ! Maintenant laisse-moi me lever !
Le ton ferme et princier de la jeune fille suffit à Ridley qui se releva sans rechigner. Eve se redressa, épousseta rapidement ses vêtements chauds, puis ses chaussures, avant de s'assurer que sa lèvre ne saignait pas trop abondamment. Le garçon courut chercher son chapeau, empêtré dans la neige un peu plus loin, l'enfonça sur sa tête et revint aider la fillette à ramasser ses affaires.
- Akira a dit qu'il nous rejoindrait sur le chemin des traineaux, annonça Ridley.
Eve acquiesça. C'était au tour d'Akira d'être à la corvée de nettoyage des box cette semaine, aussi ne les rejoindrait-il que dans une heure ou plus.
Les deux enfants coururent donc jusqu'au cabanon de bois, au bout de la ruelle étroite. Eve y ramassa ses skis, enfouit ses chaussures dans son sac à dos, et pris ses bâtons tandis que Ridley se munissait de son snowboard et attachait les lacets de ses boots autour de sa taille. Ainsi harnachés, ils dévalèrent l'avenue principale et rejoignirent les sentiers enneigés qui disparaissaient entre les sapins. Ils marchèrent un moment, plein d'entrain, se racontant, comme à leur habitude, des aventures mettant en scène leurs parents, perdus dans des contrés lointaines.
Il atteignirent le sentier des traineaux dans le milieu de la matinée. C'était un chemin facile d'accès, car de nombreux convois de marchandises l'empruntaient, et que la neige était toujours déblayée par les patins des attelages. Ils continuèrent jusqu'à une trouée dans les arbres qui leur offrit un panorama majestueux sur les montagnes qui environnaient Frimapic. Juste au bord de la route, une pente immaculée serpentait entre les sapins imposants.
Les deux enfants s'installèrent, et déjeunèrent en silence pour écouter les sons de la montagne. Quelquefois, le brame d'un cerfrousse isolé leur parvenait, ou bien les croassements des cornèbres qui somnolaient dans la forêt. Akira les rejoignit finalement, portant encore l'odeur âcre des enclos de cochignons.
Ils enfilèrent leurs chaussures. Eve et Akira montèrent sur leurs skis, Ridley sur son snowboard. Puis ils s'élancèrent sur la pente encore vierge de toutes traces. Le vents fouettant leur visage, le froissement de la neige sous leur passage, le soleil, brillant, qui se reflétait sur l'étendue immaculée comme sur un miroir, tous ces éléments si familiers et en même temps tellement nouveaux à chaque fois qu'ils se hasardaient sur une piste inconnue suffirent à arracher aux enfants des cris et des mouvements de joie et de défi.
Slalomant à toute vitesse, Eve faisait tout pour dépasser Akira, mais Ridley revenait inlassablement à la charge pour leur couper la route. Les trois amis finirent par se lancer dans une course effrénée pour atteindre le premier le bas de la pente.
Ce fut un peu après qu'ils eurent dépassé la moitié du parcours, entre deux grands sapins fièrement dressés, lorsque Ridley entama sa cinquième queue de poisson à l'intention d'Eve qu'un évènement se produisit. Un évènement que les trois enfants n'avaient même jamais espéré, et dont l'importance ne leur apparaîtrait que bien plus tard. Un évènement qui allait changer leur vie déjà si trépidante.
Alors qu'Eve dépassait enfin Akira et s'engageait entre ces deux sapins colossaux pour échapper à Ridley, un éclair roux s'échappa soudain des arbres pour se précipiter dans sa direction. Sous l'effet de la surprise, Eve ne put tout d'abord qu'observer cette boule de fourrure couleur de feu fondre sur elle, avant de réagir et de tenter un écart suffisant pour éviter l'impact. Le résultat de ce mouvement précipité ne se fit pas attendre, et la fillette chuta dans une déflagration de neige et un petit cri de stupeur. Tout se passa tellement vite, et dans un tel fracas, qu'Eve n'entendit pas ses deux amis pousser des cris terrifiés avant de bifurquer vers elle. Eblouie par la poudre blanche qui l'enveloppait de tous côtés, la jeune fille ne put qu'attendre, effrayée, la fin de cette chute. L'un de ses skis frappa violemment le tronc du sapin le plus proche, engourdissant sa jambe, mais se déchaussant heureusement aussitôt. Ses bras frappaient l'air dans des gerbes de neige, et elle continuait à tomber sans pouvoir trouver à quoi se raccrocher.
La terreur prit fin lorsque, dans un silence aussi violent que sa chute, la fillette s'arrêta, glissant encore sur quelques mètres avant de rester étendue, essayant de reprendre ses esprits. Elle ne sentait aucune douleur, et ses sens lui revenaient doucement, mais elle préféra attendre encore un instant pour se redresser.
- EVE !
Son nom scandé par la voix de ses deux amis la ramena totalement à la réalité. Presque aussitôt leurs visages apparurent au-dessus d'elle. Akira était en pleurs, de lourdes larmes s'écoulaient sur son visage pâle. Ridley en avait perdu son chapeau, la peur s'était incrustée dans ses traits, et il répétait sans pouvoir s'arrêter le nom de la jeune fille dans l'espoir qu'elle lui réponde.
- Je... je vais bien, bégaya finalement Eve, grelottant encore sous l'effet de la frayeur.
Akira la serra alors contre lui en éclatant en sanglots. Ridley n'osait pas bouger, la bouche à demi ouverte. Il secoua finalement la tête et observa les alentours, plein de rancœur, à la recherche de la créature qui avait causé cet accident.
Eve se releva lentement avec l'aide d'Akira. Ses jambes étaient encore flageolantes, mais elle commençait à se calmer. C'est alors qu'ils l'aperçurent, assis dans la neige, quelques mètres au-dessus d'eux. Son visage rond et ses grands yeux carmins étaient emprunts d'hésitation. Visiblement la créature ne savait pas comment réagir. Elle avait conscience d'avoir créé du tort, mais ne s'était pas sauvée comme la plupart de ceux de son espèce l'aurait fait.
C'était un petit ours roux. Sur son pelage se traçaient des arabesques blanchâtres, et sur son front brillait un troisième œil. Il s'appelait Higuma.

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MessagePosté le: Mer Oct 01, 2008 9:35 pm    Sujet du message:
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Chapitre 1 dans ma lancée, sinon c'est un peu court.


Chapitre 1 : Les enfants de Frimapic




Quoi qu'en disent les adultes, les rues de Frimapic étaient bien plus intéressantes lorsqu'elles brillaient d'une couche de givre étincelante. Les enfants l'avaient découvert un jour où la route goudronnée était particulièrement glissante. Le vieux boulanger était sorti pour aider deux hommes à décharger les sacs de farine dans son magasin. Les quatre grahyenas qui tiraient le lourd traineau chargé de marchandises étaient nerveux, et s'agitaient en essayant de retenir leur charge au niveau du commerce. Puis soudain, alors que le vieux marchand s'agrippait à un sac de toile, les pauvres loups avaient dérapé, entraînés par le poids de leur cargaison. L'établissement du boulanger étant situé au milieu de la rue principale, sur une pente faiblement inclinée, le cortège avait traversé la ville dans un fracas de marchandises écrasées, de couinements impuissants, de coups de griffes essayant désespérément de s'accrocher à la glace, et des injures du boulanger que le choc avait renversé dans les mailles de l'attelage.
Après cet incident auquel tous les jeunes gens du village avaient assisté, renverser des seaux d'eau sur la route durant les nuits de grand froid devint l'occupation principale des enfants. Les accidents causés par ces jeux n'étaient jamais vraiment graves, mais déclenchaient toujours l'hilarité générale chez les gamins qui couraient ensuite se mettre hors de portée des plus âgés.
Frimapic était une petite ville montagnarde enfouie sous la neige pendant une grande partie de l'année. Elle se dressait aux trois quarts d'un versant peu abrupt, sur la dernière élévation du Mont Couronné, dont les flancs couverts de forêts d'épicéas étaient restés presque entièrement sauvages. Il y avait bien encore quelques scieries désaffectées, mais les usines avaient toutes été abandonnées pour des raisons de sauvegarde environnementale. Il restait aussi une dizaine de refuges, disséminés sur plusieurs kilomètres aux alentours de Frimapic, et deux maisons d'élevage dont les propriétaires passaient régulièrement en ville pour acheter de quoi nourrir leur bétail.
Bien qu'infiniment moins étendue que les autres villes de Sinnoh, Frimapic était cependant parmi les plus importantes de la région. Elle devait cela à son arène bien sûr, mais aussi à l'importance des ruines du vieux temple, et de celles du Lac Savoir qui étirait ses berges à l'ouest de la ville. Ainsi, grâce aux financements de l'Etat, on avait pu faire construire le Centre Pokémon en bois de sapin qui se dressait fièrement au milieu de la rue principale. Cependant, et malgré les dresseurs qui venaient régulièrement relever le défi de la championne, l'établissement ne servait la plupart du temps que d'auberge à quelques voyageurs. Des voyageurs peu nombreux, et qui ne restaient jamais bien longtemps, car les chemins escarpés et enneigés qui y menaient étaient habités par une faune dangereuse, bien que peu agressive. Ils représentaient cependant une véritablement mine d'or pour enrichir l'imaginaire et les histoires des enfants de Frimapic.
Il y avait très peu d'étrangers dans cette ville. L'infirmier qui tenait le Centre était originaire de Voilaroc et ne parlait que par inflexion familière et tutoiements auxquels les habitants avaient fini par s'accoutumer. Avec Gladys, la championne, Albin, le marchand itinérant, et Andrew, le vieux pasteur, il s'occupait de l'éducation des enfants du village. Ces quatre personnages, chacun originaire de régions différentes, faisaient tour à tour la classe dans les salles aménagées de l'arène, et enseignaient notamment la géographie aux plus jeunes, très friands de connaissances sur tous les lieux qui leurs étaient encore inconnus.
C'est pour cela que les enfants de Frimapic respectaient les étrangers. Aucun d'eux n'avait jamais vu d'autre paysage que celui des monts immaculés, d'autres arbres que les grands sapins vigoureux toute l'année. Sylvain, l'un des plus anciens de la troupe de gamins, avait déjà quitté le village pour se rendre à Célestia en compagnie des marchands. Il était revenu débordant d'une énergie frénétique, contant avec joie chaque détail de son voyage. Cette chance lui avait valu un renfrognement collectif, et le jeune homme avait été aussitôt renié et chassé du monde des enfants.
Quand un inconnu arrivait à Frimapic, tous les gosses du village l'observaient de loin, évoquant dans un souffle des contrées lointaines et mystérieuses. Des pokéballs accrochées à une ceinture étaient signe de duel imminent, et tous attendaient avec engouement l'instant où le dresseur franchirait les portes de l'arène de Gladys. Les jeunes de Frimapic aimaient beaucoup la championne ; elle était la seule à leur parler comme à des personnes de son âge. Parfois, elle donnait même des cours de dressage à l'arrière de l'arène, et laissait les enfants, aux portes du bonheur, diriger son blizzi ou son farfuret pour des matchs fictifs.

Eve, Ridley et Akira étaient nés dans cette ville. Ils faisaient partie de ces enfants, jouaient à leurs jeux, partageaient leurs rêves. Mais malgré tout, chacun d'eux présentait des particularités qui révélaient leurs origines étrangères.
Ridley avait une peau bronzée, des yeux safran et des cheveux décolorés, dévoilant clairement son appartenance aux pays du sud ouest, là où le soleil était le plus violent. Ses parents, qu'il n'avait jamais vus à l'instar de ses deux compagnons, lui avaient un jour envoyé un vieux panama beige, spécialité de la région à laquelle il appartenait, et depuis l'enfant ne le quittait presque plus. C'était un garçon excentrique et solidaire, qui aimait les défis par-dessus tout. Avec les deux autres, il vivait chez son oncle, un éleveur de cochignons qui s'occupait d'eux avec beaucoup d'amour, comme un véritable père.
Akira était un enfant passablement fragile. Sa peau pâle, ses yeux bleu gris, étirés, et ses longs cheveux noirs ne pouvaient cacher ses origines orientales. Parlant peu, facilement intimidé, il avait malgré sa bonne volonté beaucoup de mal à s'intégrer, et seuls ses deux proches amis savaient reconnaître les sentiments qu'il tentait d'exprimer. En outre, c'était un garçon très émotif, et il n'était pas rare de le voir pleurer pour de quelconques raisons, ce qui ne facilitait pas sa sociabilité dans le monde difficile des enfants.
Eve, quant à elle, présentait toutes les particularités des régions du sud, avec ses cheveux roux et ondulés, ses yeux noirs et brillants, et sa carrure solide pour une fillette de dix ans. Son goût pour le mystère et son courage proche de l'entêtement en faisait quelqu'un de très respecté chez les plus jeunes. Elle aimait par-dessus tout tenir tête aux adultes, et faire valoir ses droits, et ceux de ses camarades.
Lorsque les trois enfants revinrent cet après midi-là, la foule de gamins se fit plus bruyante et agitée que d'habitude. L'ourson roux, tranquillement niché dans les bras de la petite Eve, devint l'attraction du moment. La rumeur fit rapidement le tour du village, et les adultes finirent par s'en mêler.
- Où l'avez-vous trouvé ? demanda le pasteur aux trois enfants.
- Vous devriez s'avoir que les espèces de la région sont très dangereuses ! les réprimanda le vieux boulanger.
- Il ne s'agit pas d'une espèce locale, les coupa l'oncle de Ridley qui avait rejoint le centre du cercle formé par la foule amassée.
Eve leva vers son tuteur un regard inquiet. Tous ces gens semblaient frappés d'une certaine animosité à l'égard du pokémon inconnu, comme ils l'étaient toujours à la vue d'un étranger venant s'installer dans leur village. La fillette resserra son étreinte sur le corps chaud de l'ourson, comme pour le protéger de cette horde d'adultes. Higuma, sentant la tension de la jeune fille, augmenta la chaleur de son brasier interne pour la réconforter.
- C'n'est pas une bestiole d'ici mais elle n'a pas l'air dangereuse, fit remarquer l'infirmier en tentant de calmer la foule intriguée.
Les trois enfants, regroupés autour d'Higuma, regrettaient l'absence de Gladys qui les aurait certainement soutenus face aux adultes. Très vite le village entier prit part au débat, et le brouhaha domina bientôt la place centrale dans laquelle ils s'étaient tous regroupés. L'infirmier du Centre semblait très contrarié par la réaction des villageois, et tentait d'obtenir le soutient du pasteur Andrew.
Profitant de la période d'hésitation chez le reste des habitants, l'oncle de Ridley s'empressa de conduire les trois enfants à l'abri, dans sa grange. L'odeur des porcins leur emplit rapidement les narines. Le petit ours redressa aussitôt la tête avec intérêt, et Eve le déposa délicatement au sol. Higuma partit se dandiner entre les enclos, se laissant aller à sa curiosité.
L'oncle soupira en passant une main dans ses cheveux gris sale.
- Qu'est-ce qui vous a pris de ramener ce petit monstre ici ? demanda-t-il, tout aussi embarrassé que l'avait été l'infirmier.
Les trois enfants baissèrent les yeux en signe d'excuse, mais Ridley rompit bien vite le silence pour raconter à son parent les circonstances de leur rencontre avec l'ourson. Son récit terminé, le garçon attendit le verdict de l'éleveur, Akira à ses côtés, et Eve derrière eux, caressant tendrement Higuma.
L'oncle ne répondit pas tout de suite, et sembla réfléchir en se caressant le menton. Son silence dura plusieurs minutes. Puis, avec un sourire tendre, mais non dépourvu d'une certaine tristesse que les enfants ne comprendraient que plus tard, l'éleveur caressa doucement l'ourson et hocha la tête.

Les semaines qui suivirent furent un pur bonheur pour les enfants de Frimapic. Higuma suivait Eve partout où elle allait. Cette dernière, fière de son nouveau compagnon, l'exhibait aux jeunes gens qui se bousculaient pour le caresser. Et parfois, l'ourson déployait ses flammes dorsales, au milieu des « ooooooh ! » admiratifs de ses adorateurs, et des regards mauvais de certains adultes.
Cependant, Eve - qui avait fini par abandonner les après-ski en fourrure dont elle était auparavant si fière, parce que leur contact lui rappelait le pelage doux et chaud d'Higuma, lorsqu'il venait se lover contre elle pendant la nuit - ne perdit pas ses bonnes vieilles habitudes, et recommença très vite ses randonnées en compagnie de Ridley et Akira. Lorsqu'ils n'étaient que tous les trois, les enfants essayaient de dresser le jeune pokémon. Ils tentaient de deviner ses techniques, de l'entraîner à la course, lui demandaient de libérer ses flammes contre des souches d'arbre, et d'attaquer l'écorce à coups de griffes. Parfois même, Gladys leur donnait quelques conseils. Higuma s'amusait grandement de tous ces jeux, et s'y adonnait avec entrain. Très rapidement, son regard soucieux disparut. Il ne se tourna plus vers les montagnes comme il le faisait quelques fois juste après son arrivée dans le village. Il devint un habitant de Frimapic, et Eve et ses deux amis prirent l'importance d'une famille pour l'ourson.

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MessagePosté le: Sam Oct 11, 2008 9:55 am    Sujet du message:
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Chapitre 2 : L'étranger




Un soir, alors que les trois enfants couraient sur une pente enneigée pour rejoindre le village, Higuma sautant joyeusement à leurs côtés, Akira pila net, son rire s'évanouissant derrière une expression inquiète. Ses deux amis l'imitèrent, et l'ourson s'étala mollement pour stopper sa course, s'enfonçant jusqu'au cou dans la poudreuse.
- Qui est-ce ? demanda Akira en désignant les hauteurs, juste à l'entrée du village.
Eve et Ridley suivirent son regard. Une silhouette ombragée se découpait sur le ciel pâle et nuageux. Un homme vêtu d'un long manteau se tenait là, son poids voûté sur une canne sombre. Les pans de son vêtement claquaient contre ses cuisses, son col était chargé d'une fourrure épaisse et noire qui s'agitait sous la brise. Un barbe grise apparaissait sous un chapeau haut de forme durement enfoncé, et sa main libre, gantée de noir, s'agrippait fermement au poil qui protégeait sa gorge.
En le voyant, Higuma réagit étrangement, et sauta sur quelques pas vers l'inconnu avant d'hésiter, puis de revenir docilement se frotter contre les jambes d'Eve. Celle-ci le caressa, et referma ses doigts sur la fourrure rousse dans un élan de possession, sans vraiment savoir pourquoi. En silence, les trois enfants et le pokémon reprirent leur route. Ils passèrent devant l'homme qui ne dit pas un mot. Ils sentirent longuement son regard posé sur leur dos alors qu'ils descendaient la rue principale, pour rejoindre la maison de l'oncle.
Arrivés dans le hall, ils se précipitèrent à la cuisine où ils trouvèrent l'éleveur occupé à préparer le repas.
- Mon oncle ! Il y a un homme posté à l'entrée nord de la ville ! s'exclama Ridley.
- Un homme ? s'étonna l'oncle, détourné de ses fourneaux et pressé vers la table par les trois enfants.
- Un étranger, continua Akira d'une voix timide. Il a fait semblant de ne pas nous voir, mais il nous a suivi des yeux quand nous l'avons dépassé.
L'éleveur s'assit devant la lourde table en chêne et observa les trois silhouettes qui gesticulaient devant lui en faisant part de leurs craintes. Higuma, quant à lui, s'installa comme a son habitude contre le réchaud qui dégageait une douce chaleur.
- Ola, du calme les jeunes, intervint l'oncle amusé. C'est bien la première fois que la venue d'un étranger vous met dans un état pareil.
- C'est qu'il n'inspire pas confiance, grogna Ridley. D'habitude les gens qui s'arrêtent ici commencent par visiter la ville, et se présenter. Ils ne restent pas plantés en haut de la colline.
- Allons allons, ça suffit – le ton de l'oncle se fit plus dur, et son regard plus grave – Je n'apprécie pas ce genre de réactions. Vous devenez comme tous ceux qui restent cloitrés dans cette ville toute l'année et qui pestent contre les inconnus comme contre la maladie elle-même. On ne juge pas de la confiance d'un homme au premier coup d'œil. Je ne veux plus entendre de sottises de ce genre, ni de craintes infondées, est-ce bien clair ?
Les enfants, d'abord étonnés par ce brusque changement d'attitude chez cet homme toujours si posé, puis honteux et effrayés restèrent un moment silencieux face au doigt accusateur pointé sur eux. Higuma avait tendu l'oreille, soucieux. Après quelques excuses murmurées, l'éleveur leur désigna la chambre, et ils montèrent l'escalier sans faire d'histoires.
L'oncle soupira dans sa main large et usée. Il se leva, éteignit le réchaud sous la casserole bouillante, fouilla dans un vieux buffet et en sortit une bouteille de cognac. Seul à sa table, il vida quelques verres. Lorsque l'alcool eut bien attisé ses sens, que son ouïe se mit à souffrir du moindre crépitement de cheminée, et que la lueur des flammes lui picota les yeux, l'homme aux cheveux gris alla s'affaler dans un fauteuil au cuir élimé. Sur le bras de ce fauteuil, il ramassa les trois enveloppes qu'il avait garder en surprise pour la fin du repas. Sur chacune d'elles, une écriture différente, et des odeurs inconnues.
L'oncle, fatigué, les observa un moment, les tournant entre ses mains avec délicatesse, et autant d'attention qu'il portait autrefois à ses trésors d'enfants. Quelque chose d'humide parcourut soudain sa paume. La langue de l'ourson, rappeuse et amicale, glissa plusieurs fois sur ses doigts avant que l'homme daigne enfin lui répondre par de tendres caresses.
- Si tu savais petit monstre, soupira l'éleveur, comme leurs parents seraient déçus si ces gosses finissaient par devenir comme tous ces vieux misanthropes. Egoïstes et médisants. ... Hélas, l'isolement confine les esprits.
Il soupira à nouveau. Higuma posa sa tête ronde et duveteuse sur son genou, et l'observa de ses grands yeux tissés d'or. L'oncle perçut dans ce regard la joie, la vivacité, un grand besoin de liberté, besoin qu'il voyait grandissant dans le regard de ses enfants. Ses yeux clairs s'adoucirent, et il offrit une caresse résignée à l'ourson.
- Je sais, va. Tu as gagné bonhomme.

A l'étage du dessus, Eve, Ridley et Akira s'étaient tous réunis dans le lit de ce dernier. Emmitouflés sous la couette, serrés les-uns contre les-autres dans la semi-lueur d'un réverbère qui pointait derrière leurs rideaux, ils se perdaient dans des messes basses. Ils ne comprenait pas cette colère soudaine de la part de l'oncle, et ils cherchaient encore à deviner d'où pouvait provenir l'étranger. Pire encore, ils avaient fini par remarquer qu'ils mouraient de faim, n'ayant pas mangé avant de monter se coucher.
- Vous croyez que l'oncle est fâché parce qu'il connaissait cet homme ? bredouilla Akira.
- Aucun risque, mon oncle n'a jamais quitté Frimapic.
- Et qu'est-ce que tu en sais d'abord ? répliqua Eve, agacée.
- Je le sais ! C'est mon oncle !
- Moi je suis sûre qu'il a beaucoup voyagé ! Il n'est pas comme les gens d'ici ! Il ne leur ressemble même pas !
Ridley se renfrogna. Parfois, partager sa seule famille, même avec ses amis, constituait pour lui une épreuve douloureuse. Il était le plus jeune du petit groupe, d'un an à peine, mais il était bien souvent le plus puéril, et d'une jalousie sans égal.
- Mon oncle me l'aurait dit s'il avait voyagé, reprit-il, les dents serrées.
- Et bien peut-être qu'il attendait que tu saches enfin nettoyer correctement l'auge aux cochignons avant de t'en parler, rétorqua Eve avec cynisme.
La réponse ne se fit pas attendre, et très vite Akira dut tenter de s'interposer entre ses deux amis qui s'était lancés pêle-mêle dans une rixe sauvage, arrachant les draps, se griffant et crachant des insultes qui auraient certainement fait pâlir l'oncle d'horreur. Ils se bâtirent ainsi pendant dix bonnes minutes, et le jeune asiatique sanglotait en essayant encore de les raisonner, une main posée sous son œil gauche, là où un coup l'avait atteint. La couette, en glissant, les entraîna finalement au bas du lit, et ils s'empressèrent de remonter en faisant le moins de bruit possible, conscients que ce bruit de chute risquait d'attirer l'oncle s'il ne s'était pas endormi.
Tendant l'oreille, il attendirent un moment avant de juger qu'il n'y avait plus aucun danger. Eve et Ridley se lancèrent un dernier regard hargneux derrière leurs cheveux en bataille, puis il rejoignirent leurs lits respectifs sans dire un mot. Seuls les sanglots étouffés d'Akira percèrent encore la nuit jusqu'à ce qu'il s'endorme à son tour.

Au matin, alors que Eve entrouvrait les yeux, tirée de son sommeil par un rayon matinal, une sensation de vide étouffant la fit frissonner. Elle se redressa vivement et constata qu'Higuma n'était pas venu la rejoindre pendant la nuit. La disparition de son corps chaud habituellement roulé en boule sur sa couette la frappa en plein cœur. Depuis la veille elle n'avait pas cessé de ressentir ce pincement profond, comme une menace silencieuse, comme si quelqu'un tentait de lui arracher quelque chose d'important.
Elle repoussa ses draps, et sauta sur le parquet froid. Le bois craqua légèrement mais elle n'y prit pas garde, pas plus qu'aux frissons qui traversaient son corps gelé. Elle descendit rapidement les vieux escaliers, mais s'arrêta net sur la dernière marche. Devant elle, dans le salon éclairé de la lumière paresseuse du nouveau jour, se trouvait l'étranger que ses amis et elle avaient aperçu la veille. Confortablement installé à la grande table en chêne, son regard flottait dans le vide. Il avait ôté ses bottes aux semelles épaisses qui reposaient maintenant près de la cheminée – que l'oncle ne prenait jamais la peine d'allumer si tôt. Sa canne était appuyée contre un mur. Eve la reconnue sans peine, formée d'un bois noir comme le charbon, et ornée d'un pommeau en argent représentant le crâne élancé d'une créature inconnue.
Sentant la présence de la fillette, l'homme tourna vers elle ses yeux noirs et brillants. Eve recula d'un pas. Comme ses bottes, il avait retiré son grand chapeau qu'il avait posé sur la table et sur lequel il referma ses doigts d'un geste mécanique. Sa barbe grise cerclait une bouche fine, à peine visible, et remontait sur ses tempes jusqu'à une chevelure courte et mal entretenue. Son visage était dur, aux os saillants et au menton carré. Son cou, qui n'était plus caché par le col en fourrure, était large et puissant. Ainsi, sans son long vêtement, habillé d'une simple chemise pâle et d'un pantalon de costume, cet homme parut à Eve beaucoup plus grand qu'il ne lui avait semblé dans le paysage enneigé.
Après un court silence, l'étranger sourit, et fit signe à l'enfant d'approcher. Eve recula instinctivement. L'homme éclata d'un rire fort qui retentit à ses oreilles comme un coup de tonnerre.
- N'ais pas peur petite, répliqua-t-il d'un ton amusé.
Il avait une voix grave, profonde et résonnante, si bien que la fillette eut l'impression de sentir le sol vibrer au rythme de ses puissantes cordes vocales. Néanmoins, sentant rapidement sa verve naturelle lui revenir, Eve reprit une position plus sûre, et son expression se fit plus ferme.
- Je n'ai pas peur, assura-t-elle. Qu'est-ce que vous faite ici ?
L'étranger ne put contenir un nouveau gloussement face au ton presque menaçant que lui opposait la fillette. Il se leva, mais Eve ne bougea pas. L'homme s'approcha en boitant et lui tendit sa main droite – celle qui n'était pas gantée – que l'enfant ne daigna pas serrer. Il ne chercha pas à contrer ce refus et toisa simplement la petite avec un sourire amusé qui ne parvenait pas à étouffer la dureté de ses traits.
Finalement, n'obtenant pas réponse, l'homme retourna vers la table où il se rassit difficilement, avant de reprendre.
- Ton oncle, ce brave homme, m'a charitablement accueilli par ce matin grisâtre, expliqua l'étranger avec une grimace de douleur à l'intention de sa jambe blessée. C'était une agréable surprise. Jusqu'à présent les gens d'ici n'ont fait que me questionner froidement sur le temps qu'il me faudrait avant de repartir. C'est bien ton oncle n'est-ce pas ? demanda-t-il devant l'air dubitatif que prenait la fillette.
Eve hocha la tête sans même y penser, et l'homme sourit à nouveau. Mais avant qu'il ne puisse reprendre, la petite intervint :
- Où est-il ?
- Mais qui donc, questionna l'étranger avec étonnement.
- Higuma ! Mon pokémon ! explosa la fillette.
L'expression hagarde de l'homme ne fit qu'augmenter sa fureur, et elle continua de hurler depuis son escalier.
- Je sais que vous êtes venu pour lui ! Vous venez me le prendre ! Mais vous n'avez pas le droit ! Il est à moi !
Des larmes de rage roulèrent sur ses joues, et elle s'empressa de les essuyer d'un geste brutal, cachant ses sanglots derrière sa colère.
A cet instant, alors que l'inconnu tentait de calmer la fillette, la porte claqua dans l'entrée, et l'oncle se précipita dans le salon, un air ravi, les bras chargés de sacs de courses, et son manteau tapissé de fourrure déjà blanc de neige. Derrière lui apparut l'ourson roux, et Eve ne put s'empêcher de crier son nom sous l'effet de la surprise et du soulagement. La créature, sentant sa tristesse, courut aussitôt vers elle pour la consoler. Eve se jeta sur lui et enlaça son cou au pelage couvert de cristaux de glace dans lesquels il s'était gaiement roulé en accompagnant l'oncle. La fillette libéra ses dernières larmes contre ce poils doux et familier auquel elle s'agrippait avec force, et Higuma réchauffa rapidement son corps en enfouissant son museau humide dans les cheveux de la petite fille.
L'oncle, interloqué, s'approcha de l'inconnu pour lui demander ce qui s'était passé, et l'homme lui répondit :
- Rien. Rien de bien méchant, cher hôte. Une simple angoisse passagère, comme nous en avons tous.
Eve cessa bientôt de pleurer, et le calme revint. Essuyant une dernière fois ses yeux, elle se redressa, sans lâcher le poil d'Higuma auquel restait attachée une main ferme et possessive. Elle fixa l'homme à la barbe de ses yeux noirs, avec un mélange de tristesse, mais aussi de rancœur. Le boiteux rit doucement.
- Tu ne t'es pas trompée petite, je suis bien venu pour lui, dit-il en désignant l'ourson du doigt.
A ce geste, Higuma échappa à l'emprise de la fillette et trottina jusqu'à l'homme pour s'assoir docilement à ses pieds. L'étranger caressa le pokémon avec satisfaction, sous le regard terrifié de Eve qui n'avait pas réussi à le retenir. Dans ce nouveau silence naissant, l'oncle, qui venait de déposer ses sacs au pied de la table, émit une petite toux et se tourna vers l'homme.
- Ne m'aviez-vous pas dis...
Mais l'étranger l'interrompit d'un nouveau rire bruyant. Il claqua des doigts avant de les pointer cette fois dans la direction de la fillette. Aussitôt, Higuma s'en retourna vers Eve. Mais cette fois-ci, la petite ne s'accrocha pas à son cou. Elle continuait d'observer avec effroi l'inconnu. C'était donc vrai, il était venu lui reprendre l'ourson.
- Ne t'en fais pas, reprit-il enfin, brisant à son tour le silence. Je te le laisse.
Eve crut avoir mal entendu. Elle balbutia, mais l'homme la coupa bien vite.
- Il semblerait que ce fugueur imprudent t'ait adoptée, bien plus que tu ne l'as toi-même adopté. En réalité ce pokémon n'est pas à moi. Je ne faisais que l'observer pour mener à bien des recherches, rien de plus. Tu as commencé son apprentissage. Maintenant qu'il est dressé, je ne peux plus le garder.
La fillette mit un moment à comprendre que l'étranger disait vrai ; son sourire paraissait faux, et ses yeux dardaient sur elle une dureté effrayante, mais il n'avait aucune raison de lui mentir. L'oncle s'approcha finalement d'elle, et l'invita à venir s'assoir à table pour prendre son petit déjeuner. Il appela aussi les deux garçons qui, réveillés depuis bien longtemps, se tenaient, cachés, en haut de l'escalier.
Akira et Ridley vinrent s'assoir de chaque côté de leur amie, et observèrent attentivement le boiteux à qui l'oncle servait une assiette de lard et de fromage. Vu de près, l'homme les impressionna, mais ils se gardèrent bien de le montrer. La détresse de la jeune fille qu'ils considéraient comme leur sœur les avait bouleversés, aussi restèrent-ils silencieux durant tout le repas, laissant la parole à l'étranger qui raconta, plus à l'éleveurs qu'aux enfants, ce qui l'avait mené à Frimapic.
- Je suis chercheur, spécialisé dans les espèces dont les pouvoirs ont un impact sur la réalité. Les créatures usant de psychisme ou façonnant les ténèbres peuvent parfois, sans le vouloir, briser l'équilibre établi, et détériorer la limite que se situe entre le rêve et le réel. Mes recherches tendent plus particulièrement à observer ces phénomènes presque toujours éphémères. Ce pokémon – il désigna Higuma du menton – peut développer des pouvoirs psychiques. Je tenais surtout à étudier chez lui la façon dont ce psychisme se développait.
Il sourit une nouvelle fois à Eve en découpant une tranche de pain.
- Tu vois petite, si tu peux aider ce pokémon à développer ses pouvoirs, je n'ai aucune raison de te le reprendre. A condition, bien sûr, que tu me contactes de temps en temps pour me faire un bilan de son évolution.
Eve hocha la tête, sans dire un mot. A présent que la peur de perdre Higuma l'avait quittée, elle buvait les paroles de l'homme avec un intérêt visible. Ses deux compagnons, inquiets, se demandaient quelle idée avait mûri dans son esprit pour la rendre docile à ce point. L'étranger continua son explication. Il s'appelait Ido Zora. Tout comme Sorbier dans leur région, il était lui-même professeur dans une contrée isolée, à l'extrême ouest du pays. L'ourson roux faisait partie de l'une des trois espèces de pokémons qu'il élevait afin de les remettre aux jeunes dresseurs.
- Si je comprends bien, intervint l'oncle, ma petite Eve fait maintenant partie de vos élèves ?
- C'est exact, acquiesça Zora en caressant sa barbe grise. C'est pourquoi il est d'autant plus important que je reste en contact avec elle.
- Mais, pour cette histoire de recherches, n'avez-vous pas d'autres jeunes gens qui vous informent sur l'évolution de leurs créatures ?
A ces mots, le professeur eut une moue résolue. Il observa sa tasse dans laquelle un café noir et fumant oscillait.
- Vous savez, le Kansai n'est pas des régions les plus aisées. Moi-même, je n'ai pu ouvrir mon laboratoire qu'il y a deux ans à peine. Je n'ai transmis mes créatures qu'à six personnes, dont deux ont déjà abandonné. La tache de dresseur est bien dure, je le sais, j'ai été comme eux autrefois. Très vite le doute s'installe, et prend parfois des proportions telles que notre seule envie est de stopper ce voyage sans but et sans joie possible. L'argent manque, la nourriture, le confort... Et puis, parfois, on ne s'entend pas avec ses compagnons.
Cela dit, l'homme tendit une main pour caresser la tête de l'ourson.
- Tu as entendu ? Occupe-toi bien de lui, petite.
Intimidée par son regard perçant, Eve hocha péniblement la tête, sans oser regarder Zora en face. Elle se contentait à présent de fixer Higuma qui, en retour, posait sur elle des yeux doux et rieurs.
Les trois enfants et l'éleveur écoutèrent encore longtemps le récit des périples du professeur. Il avait quitté le Kansai pour venir étudier quelques espèces de Sinnoh. En visitant la bibliothèque de Joliberges, il avait pris connaissance de la légende des trois lacs, et des créatures mythologiques qu'ils étaient censés renfermer. Après avoir passé quelques temps au Lac Vérité, il était remonté vers Frimapic afin de rejoindre le Lac Savoir.
- Une créature détentrice du savoir universel, voilà qui est fascinant ! disait-il.
A l'évidence, la légende des trois elfes avait revêtue pour cet homme une apparence de quête divine ; ses yeux noirs et durs s'illuminaient d'envie et d'excitation lorsqu'il abordait le sujet, et l'on comprenait en le voyant qu'il était homme à ne jamais abandonner la piste sur laquelle sa passion le lançait.
Vers midi, quand l'église bicentenaire sonna l'heure du repas, l'oncle leur servi quelques plats avant de s'excuser auprès de l'étranger, parce qu'il devait rejoindre ses enclos pour s'occuper de ses bêtes. Le professeur se proposa aussitôt de l'aider, intéressé par tout ce qui s'approchait de près ou de loin à l'élevage, et les enfants eurent donc leur après-midi de libre.

Ce jour-là, il faisait bien trop froid pour que les trois enfants puissent espérer rejoindre les pistes. Le vent soufflait bruyamment, soulevant des nuées de flocons blancs qui recouvraient peu à peu les toits de taule et de bois. Confortablement installés dans le salon, ils avaient sorti les boîtes de jeux de société, et se trouvaient en pleine partie de cartes lorsque Eve annonça :
- Je vais partir.
Ses deux amis relevèrent les yeux de leurs cartes. La jeune fille avait posé une main sur le dos d'Higuma qui somnolait tranquillement à ses côtés.
- On partira tous les deux, moi et Higuma. On va faire comme les autres élèves du professeur. Si on reste ici Higuma n'évoluera jamais.
Ridley afficha un expression acerbe et baissa les yeux. Akira sourit amicalement.
- C'est super, tu vas pouvoir voyager toi aussi. Tu nous enverras de tes nouvelles.
Eve hocha la tête, heureuse que son compagnon le prenne aussi bien. Le plus jeune des deux garçons néanmoins, n'ajouta rien. Il vissa un peu plus son panama sur sa tête, afin de cacher son regard, et les deux autres ne l'entendirent plus prononcer un mot jusqu'à ce que les deux adultes reviennent ce soir-là.
L'oncle et le professeur firent irruption dans le salon, couverts d'une poudre blanche qui s'accrochait à leurs cheveux et à la barbe du boiteux malgré leurs gros vêtements. Ils étaient imprégnés de l'odeur des cochignons, qui se répandit rapidement dans tout le salon. Higuma salua ce parfum qu'il adorait d'une cabriole enjouée avant de courir vers les deux hommes pour les accueillir.
Pendant le dîner, alors que la cheminée emplissait la pièce d'une lumière tamisée et d'une chaleur bienvenue, Eve fit part à l'oncle de sa décision. Le professeur, assis en bout de table en face de l'éleveur, sourit pleinement à ces paroles.
- Bonne initiative, petite ! Ce sera le meilleur moyen pour ton pokémon, mais aussi pour toi de grandir.
L'oncle ne répondit pas tout de suite, devancé par l'autre homme. Il bégaya un instant, puis constata que la fillette était sérieuse. Alors il soupira.
- C'est ton choix ma petite Eve. Je ne vais pas m'y opposer.
Mais avant que la jeune fille laisse éclater sa joie il ajouta :
- Mais avant de partir, s'il-te-plait, demande à Gladys de te préparer à ce départ. Tu ne sais rien de la vie de dresseur.
Eve hocha la tête, bien décidée à suivre les conseils de son oncle.
Quand vint l'heure de se coucher, les trois enfants rejoignirent leur chambre. Il n'y eut pas de disputes ; Ridley s'emmitoufla rapidement dans ses couvertures en s'endormit aussitôt. Akira resta un moment sur le lit de Eve pour discuter avec allégresse du départ de cette dernière, des villes qu'elle comptait visiter, des combats qu'elle ferait. Higuma, que cette décision n'avait pas retourné autant que les humains, dormait paisiblement contre le corps de sa future dresseuse.
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